Depuis un certain nombre d’années, on voit fleurir dans les tabloïdes ou leurs équivalents virtuels, quantité d’articles traitant de jeux vidéos. Contrairement à la presse spécialisée, les journaux généralistes vont plus volontiers traiter l’influence sociologique de ces derniers, amalgamant facilement comportements violents et jeux vidéos. Le lecteur, pensant que l’effet cathartique que lui procure le fait d’éliminer un gang dans GTA V (l’auteur de l’article gagne au passage le grand prix de copier/coller 2013 pour cet article ainsi qu’une médaille du néologisme pour l’invention du verbe « frirer ») est bénéfique s’en trouve donc étonné. Qu’en est-il ? Le lecteur veut savoir ! Va t-il rester un individu paisible comme la majorité des gens sur cette planète ou noyer ses enfants à l’instar de cette mère de famille qui sans aucun doute avait déjà enlevé l’échelle de la piscine afin de noyer son personnage des Sims ? Voyons cela…

Les jeux vidéos de l’antiquité à la renaissance…

L’argument du jeu vidéo comme cause de violence ne tient historiquement pas la route. S’il est bien connu que Napoléon était un grand fan de la franchise Age of Empire et a également participé au développement de l’éponyme Napoléon : Total War, qu’en est t-il de ces temps immémoriaux où le jeu vidéo n’existait pas encore ? Il semblerait idiot d’expliquer le comportement de Ravaillac par un temps trop important passé à jouer à Assassin’s Creed. Je m’étonnerais aussi d’apprendre qu’un quelconque viking aurait tenté de crier « FUS ROH DA » sur son adversaire afin de le propulser dans le ravin comme le ferait votre avatar du célèbre cinquième opus de la série « The Elder Scrolls : Skyrim ». Cela peut éventuellement se tenter sur certains passants en rentrant ivre de soirée, mais n’y voyez aucun mal, ils sont sans doute aussi saouls que vous.

caligula

Arguments sophistes afin de jeter le discrédit sur les jeux vidéos…

« Les tueurs de Columbine […] étaient des joueurs avides du jeu vidéo Doom qui s’est venu à plus de 4 million de copies… » (« Columbine killers Eric Harris and Dylan Kleybold were avid players of the video game Doom which has sold over 4 million copies » dans cet article). Cette phrase sonne comme si elle suffisait à démontrer le lien de causalité entre le comportement violent et le fait d’avoir joué à des jeux vidéos violents. Bien sûr, cela n’a aucun rapport avec le contexte social ou encore l’accès extrêmement facile à l’armement aux USA…

Le fait d’utiliser ce genre de raisonnement porte un nom. On appelle cela sophisme, ou argumentation fallacieuse. Cette technique est plutôt utile pour manipuler les gens. La logique semble implacable, sauf si on réfléchit un peu… « Si vous n’êtes pas avec nous vous êtes contre nous » est un exemple illustrant parfaitement cela en présentant un faux dilemme. En effet, on omet une troisième option : on peut aussi en avoir rien à foutre. Une blague qu’un ami m’avais faite entre dans le top 5 de mes raisonnements fallacieux préférés : « Ce sont les gens sales qui se lavent. Moi je suis propre, je ne me lave pas… »

Inspector-Fallacy

Si je dis que 100% des tueurs jouent au jeu vidéo, j’omet le fait que peut 100% de la population effectue cette activité sans pour autant ressentir la moindre envie d’effectuer un frag au couteau, « parse ke c stilayyy le couto lol!!! ».

97% des jeunes ont joués aux jeux vidéos. Serait-ce une armée de tueurs en devenir ? On se rapproche quand même dangereusement du cas où le qualificatif utilisé pour définir une population (ici, « jeune ayant joués aux jeux vidéos ») est quasiment identique à « toute la population des jeunes ».

Cette planche d’XKCD (très bon blog, en anglais) illustre parfaitement mon propos : http://xkcd.com/1138/

Les problèmes de corrélation apparente entre des événements pas forcément liés est très bien mis en évidence par l’instigateur de la religion de monstre spaghetti volant. Brièvement, il s’agit d’une religion inventée par un diplômé en physique américain pour tenter de contrer l’apprentissage du créationnisme en classe avec pour argument : « si vous apprenez votre théorie à mes enfants, alors apprenez leur aussi la mienne ». Le monde a t-il été créé par un monstre spaghetti volant ? Je vous laisse décider par vous même. Le pastafarisme pose ceci en dogme religieux : le nombre de pirates a diminué ces dernières années et parallèlement, la planète se réchauffe. Les deux événements sont liés et dieu aime les pirates. C’est un bon exemple du raisonnement sophiste, de fausse corrélation, que l’on emploi afin d’utiliser les jeux vidéos comme bouc émissaire d’une violence ayant toujours existé.

Mais pourquoi ? POURQUOIIIII ?

Comme le disait Patrick Le Lay, la télévision (TF1) vend du temps de cerveau disponible. Ce temps de cerveau diminue largement lorsque l’on s’adonne à cette passion vidéo-ludique. Au risque d’enfoncer des portes ouvertes et de sonner un peu cliché (je fais ce que je veux d’abord), voilà ce que j’estime être le pot aux roses de la diabolisation médiatique des jeux vidéos, encore et toujours un manque à gagner.



  • http://www.le-conjugueur.fr Arno

    Y SON OU LAY DESEINS, PK YEN A PA + SES TRO DUR DE LIR LES TEXT

  • https://soundcloud.com/flex-blur/ Flex Blur

    javou moi jkompran ke kan ya d gen ki sprenne la tété é kan ya d nichon mé YEN A PA LA
    Sympa cet article, pour le nombre de fois où j’ai entendu cette connerie… Mais comme pour les films ou les séries, il faut que le joueur soit capable de prendre du recul et faire la part des choses entre ce qu’il peut faire dans le jeu et ce qu’il peut faire dans la société. _puis je parle pas des restrictions sur l’âge, pas vraiment respectées, dans un monde où on fait des jeux de plus en plus réalistes et où la barrière entre virtuel et réel devient floue.